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Côte d’Ivoire – Magnéto depuis sa retraite : « Je n’ai pas eu de chance dans cette histoire… Je me bats pour mes droits »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, l’acteur comédien Magnéto, bien que satisfait, selon lui, de son apport au cinéma ivoirien, doit toujours se battre dans sa retraite pour assurer son quotidien. Entretien.  

Bonjour monsieur magnéto, comment vous vous portez aujourd’hui, je veux dire l’homme magnéto ?

Je voudrais d’abord rectifier une chose. Magnéto. Magnéto, ce n’est pas un homme, c’est un appareil.

Je dis bien l’homme magnéto ?

Je rectifie maintenant. Moi, je m’appelle ZAHON Gabriel à l’état civil, mais Magnéto, pour le nom d’artiste. Je me porte très bien.

Et l’homme acteur, comment se porte-t-il aujourd’hui ?

L’homme acteur se porte aussi très bien grâce à ses frères et collègues artistes qui reconnaissent son métier et qui lui font toujours appel quand ils ont besoin de lui. Un collègue comme Hassan David qui l’invite à tourner. Grâce à ces contrats là, ça va.

Cela fait combien d’année que vous bercez les téléspectateurs ivoiriens et au-delà des frontières de votre humour ?

J’ai commencé le 9 septembre 1964. Faites le calcul vous-même et jusqu’aujourd’hui, je suis là. Je suis entré à l’INSAAC en octobre 1972. Après avoir fini mes études dans cette école, j’ai obtenu une bourse pour les aller poursuivre en France en 1979. Quand j’ai fini là-bas avec ma licence, je suis revenu en Côte d’Ivoire comme professeur. J’y ai enseigné jusqu’au 31 décembre 2020 où j’ai pris ma retraite. Et en ce moment même je me bats contre la fonction publique pour que je perçoive mes droits de retraite (rire). Mais je pense que ça va aller.

Quand on fait le calcul de 1964 à maintenant, arithmétiquement, cela fait plus de 57 ans que vous êtes acteurs. Le secteur hier à aujourd’hui, si vous devez le jugez, quelle appréciation faites-vous ?

Ça me fait plus de 70 ans de métier. Et ça dépend de l’évolution du temps. Quand le temps change, les hommes changent, les choses aussi changent. En 1964, nous étions là, il y a eu quelque chose, en 1979, il y a eu autre chose, comme en 1985, il y a eu autre chose. En 1996, autre chose, en 2000 autre chose. Tout ça pour dire que les choses évoluent selon le temps. Donc, si on veut savoir ce qui s’est passé à chaque époque, ça sera trop long. Nous nous accrochons à ce qui se passe. Beaucoup de nos camarades sont partis, paix à leurs âmes. Beaucoup d’autres sont restés dont moi qui ne suis pas prêt à partir (rire). On est là, on fait, et on joue avec le temps. Il y a nos amis, nos petites filles que nous avons formés et qui ont réussi et sont devenus des réalisateurs, des producteurs qui nous font appellent de temps à autre. Et c’est ça qui fait notre vie aujourd’hui et ça va.

Avez-vous le sentiment d’avoir apporté quelque chose, je veux dire une touche particulière au cinéma ivoirien ?

Très satisfait, parce qu’il y des gens que j’ai formé et qui sont devenus professeurs d’art dramatique, des directeurs régionaux de la culture, de hauts responsables de la culture. Pour ça seulement, je suis très, très satisfait. Même notre ancien ministre de la culture Bandama Maurice, quand je le rencontrais, il était à ses débuts. J’ai connu toutes ces personnes et cela constitue, chez moi, une satisfaction morale.

Le président de la République, en février 2015 sur proposition du ministre de la culture Bandama Maurice, a décidé d’octroyer aux vétérans de la culture ivoirienne, une pension de 300.000 FCFA pour leur contribution au développement de la culture. Etes-vous bénéficiaire ?

Je n’ai pas eu de chance dans cette histoire.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire, au moment où le chef de l’Etat prenait cette décision, j’étais encore en activité alors que la mesure concernait ceux qui n’étaient plus en fonction. Il fallait être retraité pour bénéficier de cette pension-là, or j’étais encore en fonction.

Cette décision était donc limitée dans le temps alors ?

Ça concernait les acteurs, comédiens et professionnel de la culture mais à la retraite, tel que qu’Adjé Daniel, Léonard Groguhet et autres. En prenant ma retraite en décembre 2020, l’affaire était déjà bouclée et je n’ai pas pu en bénéficier.

Aujourd’hui, vous êtes à la retraite et vous affirmez, malgré que vous n’ayez pas bénéficié d’un certain nombre d’avantage que vous auriez pu avoir, que votre mission a été accomplie. Vraiment ? Quel message alors avez-vous à l’endroit des acteurs de la culture et aux décideurs ?

Je suis sa-tis-fait ! Pour mon message, je pense qu’il faut être persévérant, confiant, aimer ce qu’on fait. Parce que si vous n’avez pas la force d’aimer, la certitude de ce que vous faites,  passez à côté. Il faut donc se faire confiance, avoir aussi confiance en ses formateurs. La vie est faite de mouvement. Tu peux être le patron de quelqu’un aujourd’hui et lui peut l’être demain. C’est le cas aujourd’hui. Mon petit qui est là : Hassan David. On a commencé ensemble, mais aujourd’hui, c’est mon patron ! Dans le travail, je me plie en quatre pour le satisfaire. Et c’est comme ça. Il faut toujours de l’humilité dans tout ce qu’on fait si on veut aller loin.

Je reviens encore sur la prime du chef de l’Etat. Vous n’en bénéficiez pas et vous dites n’en êtes affecté ?   

Ce n’est pas un drame, ni grave. S’il est inscrit que je dois en bénéficier, ça se fera le moment venu.

Jules Eugène N’DA

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Auteur depuis: Feb 06, 2019

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