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Agences de placement de personnels : des vampires du monde de l’emploi en Côte d’Ivoire ?

Elles sont nombreuses et devenues incontournables, dans le marché de l’emploi. Elles font partie des décideurs dans la promotion de personnels pour les entreprises. Elles, ce sont les agences de placement du personnel.

Une entreprise de la place, recrute pour son personnel hommes et femmes. Niveau Bac +3, +4 voir +5. Telles sont les offres faites par ces promoteurs qui publient dans les colonnes de certains journaux. Un secteur de la sous-traitance qui fait la pluie et le beau temps. Pourvoyeur d’emploi aux demandeurs mais également à l’origine de la misère des employés. Sur le site web de certains promoteurs on peut lire ceci : Avec nous bénéficiez de l’expertise du professionnel du recrutement en Côte d’Ivoire. Trouver vos talents de demain, c’est notre ambition. Avec nous, c’est X années de valeur ajoutée dans le contrat de mission CDD, CDI.

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Voilà en substance ce qui préoccupe ces promoteurs. L’avenir du travailleur, on s’en fou ! En effet, en quête d’emploi depuis quelques années, le candidat saute tout de suite sur la première annonce sans aucune exigence. Ayant seulement à l’esprit comment décrocher ce fameux travail pour espérer se prendre en charge et n’être plus un fardeau pour les siens. Mais très vite, une fois engagée, la réalité du terrain, qui est tout autre, fait que cette vision des choses devient une vue de l’esprit. L’employé ne bosse que pour le tiers qui l’aurait recommandé. Le salaire est alors reversé au promoteur qui, en retour, rétribue au travailleur selon son bon vouloir ce qu’il peut, foulant alors au pied la loi sur le travail.

Qui du recruteur ou de l’entreprise est l’employeur ?

Eugène T., détenteur d’une maîtrise en science économique et de gestion, était à la recherche d’un premier emploi. Comme tous, pour décrocher un emploi, l’expérience est un des critères essentiels. Ce jeune homme fraîchement sorti de l’université devrait alors faire ses preuves à un poste comme stagiaire. Engagé alors par un sous-traitant dans une banque de la place, il aura passé plus de trois années de stage sans être embauché. Et la prime pour ce stage était, pour la première année, de 40 000 Fcfa, 100 000 Fcfa la deuxième année et de 200 000 Fcfa pour la troisième année pour ce cadre d’entreprise que lui confère le niveau de sa formation.

Pendant tout ce temps, Eugène T. considérait l’entreprise dans laquelle, il bosse comme son véritable employeur. Mais à la vérité, il travaillait pour le compte de l’auteur de l’entretien d’embauche qui l’a recruté et mis à la disposition de l’entreprise. Il se rendra compte de cet état de fait, le jour où, il obtiendra une offre plus intéressante que celle qu’il a jusque-là.

En effet, l’expérience, Eugène T. l’a eu au fil de toutes ces années. Il rencontre, au cours de ses prestations, une opératrice économique à la recherche d’un collaborateur capable de diriger ses affaires. Les compétences de Eugène T. étant désormais reconnues, un salaire, quatre fois supérieurs à ce qu’il perçoit chez son employeur, lui est proposé avec plusieurs autres avantages par cette opératrice économique. Une offre qu’il ne peut pas décliner sous aucun prétexte. La direction de l’entreprise qui ‘‘l’emploi’’ est alors saisie. Eugène T. annonce son départ. Celle-ci entre aussitôt en négociation avec l’intéressé qui s’est imposé de par la qualité de son travail comme une pièce maîtresse de la boîte pour l’en dissuader de partir. ‘‘Les 1.200 000 Fcfa de salaire que nous payons, nous allons passer à 1.600 000 Fcfa avec d’autres avantages que nous entendons vous concéder en plus. Il faut donc revoir votre position’’, plaide la direction générale de l’entreprise. C’est en ce moment précis que le jeune employé se rend à l’évidence qu’il a été exploité durant toutes ces années passées dans cette boîte par son recruteur. Mais c’était déjà trop tard, puisqu’il avait pris des engagements fermes avec son nouvel employeur.

Pourquoi les entreprises préfèrent-elles le service des sous-traitants dans leur besoin d’employés ?

Des entreprises emploient via des agences (Ph, Dr)

Avoir une main d’œuvre bon marché, c’est-à-dire ne pas avoir affaire à des cotisations CNPS. Avec les sous-traitants ce sont des Contrats à Durée Déterminée (CDD) pour la plupart. Donc on peut changer chaque six mois de personnel sans tomber sous le coup de la loi qui fait obligation, après ce délai de latence d’engager le travailleur. Cette pratique est la plus courante en Côte d’Ivoire et ça marché très bien puisque les lois ne sont pas suivies et appliquées. Les requérants n’osent même pas aborder le sujet surtout qu’il y a un besoin criant d’emploi dans le pays. La plupart des offres sont des CDD renouvelables une fois. Malgré le besoin énorme d’ouvriers, on préfère libérer pour ensuite exprimer le besoin. Cette stratégie est une bonne affaire pour certains responsables des ressources humaines qui en tirent d’énormes dividendes avec le sous-traitant. Le salaire ayant été négocié avec le recruteur, une commission sur ce salaire versé est rétribuée à ce chef qui construit là sa fortune au détriment des employés. Et cette pratique devenue monnaie courante en Côte d’Ivoire est à l’origine de la misère sociale. Le travailleur jette toute sa force dans les activités qui exigent de lui une débauche d’énergie loin de la récompense qui est le salaire, souvent en dessous du Smig de 60.000 Fcfa qui ne peut lui garantir ses charges quotidiennes que sont entre autres la popote, la couverture médicale, le transport, le loyer etc.

De la responsabilité de l’Etat

Les inspections du travail dont la mission est de veiller au strict respect des lois du travail, sont pour la plupart d’entre eux de mèche avec les entreprises véreuses. Les contentieux entre employeur et employé ont toujours tournés à l’avantage de l’employeur qui est désormais vu par ses collaborateurs comme l’intouchable qu’il faut éviter sur son chemin au risque de perdre son emploi. Même si celui-ci ne permet pas de se prendre totalement en charge, cela vaut mieux que rien du tout, estime Jean Claude D, électricien d’une institution étrangère dans le pays. Il a perdu une première bataille avec son premier employeur devant les juridictions de l’inspection général du travail qu’il a saisi après que son employeur ait décidé abusivement de le renvoyer sans droits.

Au tribunal du travail également, des billets circulent pour débouter les travailleurs qui n’ont pas les moyens de se prendre un avocat. ‘‘Les avocats sont même les plus dangereux pour les travailleurs. C’est une aubaine pour eux de se faire du sou s’ils sont saisis. Ils vont très vite prendre attache avec l’employeur et les deux s’entendent sur quelque chose et votre dossier n’aura jamais de suite favorable. On ira de report en report pour vous épuiser et vous amener à jeter l’éponge’’, explique Mme Ivonne Konan, assistante de direction dans l’administration publique. Elle pense même qu’il faut une thérapie de choc par la sanction comme moyen de coercition contre les auteurs de ces pratiques, si l’on veut annihiler le phénomène qui a pris une proportion inquiétante dans les habitudes des dirigeants qui ne tiennent que ce langage aujourd’hui, ‘‘entre dans le contexte.’’ Ce qui veut dire, qu’est-ce que tu me propose, si tu veux un emploi ? Et tout cela se passe sous les yeux des autorité qui semble n’avoir pas le remède contre ce fléau.

Réalisé par Jules Eugène N’DA

 

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Auteur depuis: Feb 06, 2019

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